Limaces

Dimanche 11 août. Randonnée en Forêt de Dourdan. 18 km.

Sur le Chemin de la Messe, juste après l’Abbaye de l’Ouye, Monsieur Moochagoo regardait avec sa loupe une limace avancer : « Quelle grâce dans le geste ! Ah la douceur mélancolique du regard ! »

Là, il m’a étonné. Que pouvais-je ajouter d’autre, sinon que la limace ne semblait pas charmée qu’on la regarda ?

Sur le sentier en lisière de forêt, d’où on peut apercevoir Corbreuse sur la gauche, Monsieur Moochagoo s’interrogeait : « A-t-on jamais écrit rien de vrai sur l’élégance de la limace ? « 

J’osais un : « Je vous rappelle que Muriel Barbery a déjà écrit sur « L’élégance du hérisson ». En fait, il y aurait plutôt lieu de s’interroger, moins sur la limace elle-même, que sur ce qu’elle provoque chez certains observateurs. »

Je fus surpris, car il resta silencieux jusqu’à ce que nous arrivions sur la Route du Chemin de la Queue d’Auneau, pour aller déjeuner au Carrefour Le Grillon, équipé de tables et de bancs.

J’argumentais : « Il faudrait une description scientifique qui fera entrer la limace dans le domaine de l’élégance. »

En traversant Ste-Mesme, Monsieur Moochagoo envisageait d’écrire in petto une « Ode aux Limaces. »

J’aurais bien vu un premier vers du style : « J’aime la potée de limaces, ses carottes, ses navets estoc gros chou vert, etc. » Mais je le gardais pour moi, car je n’ai jamais mangé une potée de limaces. 

Pendant que Monsieur Moochagoo prenait des notes pour son Ode, nous avons terminé la randonnée par la Route des Buttes Blanches.

Belle journée !

 

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« Attack of the Killers Microbes »

Moochagoo : Vous m’avez hier de propreté sale et votre saleté propre. Voilà qui est curieux.

Moi : Il y a une présence de saleté dans la propreté, et inversement.

Moochagoo : Vous avez raison, avec un spectromètre de masse, c’est terrible ce qu’on peut apercevoir. Des microbes monstrueux, dignes de figurer dans « Attack of the Killers Microbes. »

Moi : La saleté cela n’est pas bon pour la propreté (et inversement), n’importe quel balayeur vous le dira.

Moochagoo : Oui, mais si on ne sait pas où est la saleté ? Parfois, certains ne voient pas la saleté et y vivent très bien.

Moi : C’est là que nous devons réfléchir…Retournons le problème, et intéressons-nous à la présence de propreté dans la saleté.

Moochagoo : Si la propreté était phosphorescente, on la verrait mieux au sein de la saleté.

Moi : La première chose à faire, c’est de faire une collection de propretés au sein de la saleté, pour faire des comparaisons.

Moochagoo : Je me demande si ça vaut la peine de faire une telle collection.

Moi : Non, il faut de la méthode. J’ai pris des cours de recherche de propreté. Je sais la repérer aisément. Mes performances dans la propreté anti-salistique sont excellentes.

Moochagoo (en aparté) : Anti-salistique ! Voilà qu’il nous invente des mots, maintenant ! (à moi) : La saleté, c’est sournois. Elle s’infiltre partout, en particulier sous un tapis propre.

Moi :  Alors se développe un monde d’acariens prêts à vous dévorer, grâce à leurs chélicères en forme de pinces. Alors là, j’enfile mon super scaphandre pour la combattre, en un acte d’ultime sacrifice.

Belle journée !

 

 

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Trivial

Dimanche 4 août 2013 – Randonnée sur les bords de la Seine : Bois le Roi à Fontainebleau. 18km.

Monsieur Moochagoo voulait connaître des mots qui n’existent pas. Nous traversions la Seine par la passerelle au dessus de l’écluse de Chartrettes et regardions les péniches à grand gabarit manœuvrer.

Je lui répondis que, pour connaître des mots qui n’existent pas, il fallait trouver des jumeaux, qui parlent souvent entre eux, une langue secrète. Il fut déçu par ma réponse, et prit un air pincé en disant : « Trivial ! »

Côté Chartrettes, le chemin de randonnée suivait les bords de la Seine, puis montait vers Le Champ Fleuri.

Monsieur Moochagoo qui semblait encore contrarié, murmura : « Je m’en tamponne le coquillard. » Je n’ai rien contre les coquillards tamponnés – cela ne perturbe pas ma paix intérieure – mais j’étais inquiet de ce changement d’humeur, d’autant que la chaleur montait.

Les horaires d’une randonnée sont rarement compatibles avec la fraîcheur de la nuit, c’est comme ça. Nous avons retraversé La Seine au pont de Fontaine-le-Port, pour aller déjeuner sur ses bords, le long de de la Promenade de Samois.

Nous avons vu passer deux canoés, cinq bateaux de plaisance et une péniche. Sur les bateaux de plaisance, des dames, à l’avant, prenaient des poses de stars, comme dans les revues « people. » Mais la taille de ces petits bateaux ne pouvaient rivaliser avec celle des yachts tropézien. On a les illusions qu’on peut.

En face, entre les villas cossues du bord de l’eau, une famille avait un beau terrain. Ils avaient installé une cabane de jardinier, un barbecue et quelques bancs, qui suffisaient à leur bonheur. Un ponton et un canoé gonflable complétaient le tout.

En parcourant la Route du Chêne Tordu, la Route des Gardes et puis la Route des Turlures, avant d’aboutir à la Tour du Rocher de Samois, Monsieur Moochagoo se construisait une liste de mots qui n’existent pas. Il ne voulu pas me la montrer.

Nous avons renseigné deux jeunes filles sur un chemin à ne pas suivre.

Belle journée !

 

 

 

 

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M’boui !

Depuis les événements, Steve et Lucas s’étaient réfugiés dans un wagon, au milieu de rames de banlieue immobilisées. Plus tard étaient venus Geronimo qui ne parlait plus, à part deux mots : m’boui et m’bnon, et Charlotte la rouquine, qui n’était pas souvent là.

Les événements avaient commencé, lorsqu’un avion de combat avait atterri à 3h du matin sur un bout d’autoroute déserte, non loin de la maison de Steve. Avec son copain Lucas, ils étaient sortis en douce, pour aller voir l’avion. Le cockpit était ouvert ; ils avaient trouvé une échelle pour monter voir le pilote. Ils ne virent qu’une momie ratatinée, comme toutes les personnes qu’ils trouvèrent par la suite.

Depuis les événements, la neige tombait en toutes saisons, par intermittence. Elle ne tenait pas.

Ils avaient fait de grands tours et parcouru des dizaines de kilomètres. Ils étaient les seuls survivants. Geronimo avait dit « m’boui » avec un air désolé.

Il n’y eut plus ni eau courante, ni électricité.

Grâce aux recherches de Charlotte la rouquine, une usine de sodas et quelques supermarchés, leur permettaient de survivre.

Les seuls sujets de disputes étaient la cuisine, appelée la rata, accusée de bétonner le boyaux, et l’odeur de Geronimo, qui ne se lavait que les dents. Charlotte disait chaque matin : « T’sais ktu pue, t’es dégueu ! Va t’laver dans la rivière ! ». Il répondait : « m’bnon ».

Le soir, ils faisaient un feu avec des meubles en bois plein, récupérés ça et là, et regardaient les étoiles, lorsque les nuages se déchiraient. Maintenant qu’aucune lumière artificielle ne venait les occulter, les étoiles resplendissaient.

Geronimo regardait le ciel en souriant, et disait : « m’boui ».

Image hors concours :

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« ..ils avaient trouvé une échelle pour monter voir le pilote. » (image algenpfleger).

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Enjamber un balai

Dimanche 28 juillet 2013. Randonnée en Forêt de Fontainebleau. 18km.

Nous longions le canal du Château de Fontainebleau, sur toute sa longueur (1140 m). Il y avait quelques pêcheurs et pas mal de promeneurs et de coureurs.

Monsieur Moochagoo lisait depuis peu : « A Rome sur les pas de Plutarque »  de John Scheid, et voulait m’instruire de différentes anecdotes pour m’amuser.

Il me raconta, en montant la pente raide qui allait au sommet du Mont Chauvet, que les romains des temps archaïques, avaient coutume, lorsque Rome était menacée, d’enterrer vivant un couple de grecs et un couple de gaulois. Ce n’était pas du tout amusant.

Nous nous sommes arrêtés au bout du Rocher de Boutigny pour déjeuner, avec la belle vue sur Les Placereaux. Il m’expliqua que les Licteurs (des magistrats), portaient des faisceaux composés de bâtons qui entouraient une hache. Les bâtons servaient à bastonner et la hache à décapiter. 

Au Rocher Fourçeau nous avons admiré le grand rond assez curieux, de 800m de diamètre, où les rochers ont été nivelés et les arbres enlevés. Au moment où j’allais évoquer les « crop circles », Monsieur Moochagoo me cita de mémoire un phrase de Plutarque : « Les bœufs, les chevaux, les ânes et les hommes débordent d’insolence quand ils ont mangé abondamment et à satiété. » Là, c’était drôle.

Le point de vue de l’Inspecteur Général était occupé par deux dames qui réparaient un petit problème de VTT. Monsieur Moochagoo m’appris qu’à Rome, il y avait un temple consacré à une divinité, la Tuché Engluante, appelée ainsi « pour indiquer qu’elle nous attrape de loin et nous colle aux circonstances. » Plutarque explique plus loin dans le texte, que cette divinité est chargée de nous rappeler que de petits détails, peuvent faire réussir ou échouer, dans de grandes entreprises.

Sur la Route Milady, il m’apprit quelques recommandations pythagoriciennes  : « Ne pas manger sur un char », « Ne pas s’asseoir sur son boisseau », « Ne pas enjamber un balai ». Par ailleurs les femmes sont bannies des orgies bachiques, car « elles se ruent droit sur le lierre, le saisissent de leur mains, le déchirent en morceaux, et le dévorent à pleine dents..le lierre rend hébété, suscite des convulsions et plonge en général sans vin, dans l’ivresse.. »

Je m’abstiendrai à l’avenir d’enjamber un balai et de dévorer du lierre.

Belle journée.

* Plutarque né 46 et mort en 125 de notre ère.

 

 

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Etat de plénitude

Randonnée du dimanche 21 juillet 2013 en Forêt de Rambouillet (partie sud). 20 km.

Nous marchions sur le chemin qui longe la Drouette, une rivière qui ressemble souvent à un petit ruisseau. Il faisait déjà très chaud vers 11h du matin. Trois coureuses nous ont croisé, dont l’une disait : « Depuis que je suis rentrée de vacances, rien ne m’atteint, je suis dans un état de plénitude. »

La randonnée est souvent riche d’enseignements..

Lorsque nous avons quitté la Drouette, pour rejoindre la Route de Batonceau qui mène à l’Étang de la Tour, une dame âgée avec une canne et un superbe chapeau de paille façon Louisiane, nous a demandé où menait le chemin que nous remontions. Nous lui avons expliqué que, sans carte, elle allait se perdre dans la forêt profonde ; elle est vite repartie vers le village de La Villeneuve, d’où elle venait.

La prochaine fois, il faudra faire mieux et perdre la brave dame. Monsieur Moochagoo m’a traité d’affreux jojo, et a affirmé que mon moi moral, pour me sauver, appuierait un jour ou l’autre sur le bouton « reset » (redémarrage).

C’est donc comme un troll patenté que j’ai continué la randonnée. L’Étang de la Tour était assailli par les pêcheurs et les pique-niqueurs. Il était délicat de détester les piques-niqueurs qui occupaient toutes les tables avec vue sur le lac. Comme mon moi moral était en mode veille, je fis attention à mes propos pour ne pas le froisser.

Nous continuâmes par  la Route des Enclaves. Il faisait de plus en plus chaud. Pour préserver notre vie à court terme, nous avons déjeuné à l’abri d’un grand chêne. Monsieur Moohagoo s’est arrêté de chanter : « Never Smile at a Crocodile by / Never smile at a crocodile / No, you can’t get friendly with a crocodile.. » *

Malgré le vin frais de midi et un vaporisateur d’eau Evian **, l’après-midi fut encore plus chaud. A la fin, plus rien ne traversait mon cerveau chancelant.

Le train du retour était climatisé.

Belle journée !

* Dessin animé « Peter Pan ».

** publicité gratuite.

 

 

 

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Parfumages

Dimanche 07 juillet. Randonnée en Forêt de Rambouillet, 22km.

J’avais lu dans « L’Inde Classique » de Michel Angot (2007), que : « Le psychisme humain est représenté comme un lieu structuré par les expériences passées ; celles-ci laissent des traces , les vasana « parfumages ». L’idée  est que, comme une boîte retient les parfums qu’on y a placés, la mémoire (et la physiologie) retiennent toutes les expériences quelles qu’elles soient. »

Avant de pénétrer dans la forêt, le parfum des lilas des deux côtés du chemin était particulièrement fort. Il s’y mêlait un parfum de menthe qui augmentait mon parfumage.

Monsieur Moochagoo m’a accusé de dresser un portrait allégorique de la campagne : « Vous devriez aussi prendre en compte le parfumage de la bouse de vache ou du purin. »

Cette remarque eut, pendant un instant, un effet curieux : j’étais atteint d’un silence extérieur que seul traversait le bourdonnement des insectes. Les parfums de fleurs persistaient ; le lecteur aura remarqué que les parfums sont silencieux. Un parfum bruyant, c’est rare.

Il n’y avait ni randonneurs, ni promeneurs, ni cyclistes en VTT. Nous n’en avons vu qu’un très petit nombre au moment du déjeuner, dans les Rochers d’Angennes.

La chaleur est montée assez vite, tempérée par le sol humide de la Forêt de Rambouillet. Certains chemins sont impraticables par temps de pluie, sauf pour les randonneurs dont on a amélioré le patrimoine génétique.

Monsieur Moochagoo récitait une ode à Artémis, la déesse chasseresse : « Je chante Artemis à la flèche d’or, la Bruyante, la vierge vénérée, l’Archère qui de ses traits frappe les cerfs, la propre sœur d’Apollon au glaive d’or.. »

Je faillis déraper dans une ornière encore remplie d’eau, mais grâce mes Cours de Maintien pour Randonneurs, je repris mon équilibre. J’avais évité de me « briser en mille morceaux difficiles à recoller », suivant une heureuse formule de ma voisine.

La journée, malgré 30° de chaleur, s’est bien terminée.

 

 

 

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